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RÉCITS DE VOYAGES
  Réflexions au retour d'un stage au Viêtnam et d'un voyage en Inde

« Cher Jonathan,
Je suis présentement à Varanasi depuis plus de deux semaines. C'est trop long dans cette ville. Il se trouve que pour la deuxieme fois au cours de ce long voyage, je retombe dans un étrange pattern; celui de ne pas vouloir sortir du guesthouse, de manquer enormement de motivation simplement pour mettre le nez dehors, de faire d'internet mon meilleur ami. Je sais que ce n'est pas particulierement sain, malheureusement on dirait que l'ennui me fait parfois manger mes bas... Je prends un vol pour Mumbay demain et y rencontrerai une amie Australienne (connue lors de mon stage au Vietnam!). Ce sera l'occasion de changer un peu d'air... Le staff de mon guesthouse est un peu envahissant, par le fait-meme. Et Varanasi se prête très bien à la farternité. Il me manque une certaine énergie, ou motivation que j'avais il y a six mois, faut croire, un besoin très fort de recharger les batteries!

Six mois en Asie comme premier voyage en solitaire etait peut-etre un tres gros morceau a avaler... comme je m'en doutais. On apprend de ses erreurs, le retour me permettra certainement un recul et la possibilite d'absorber reellement tous mes apprentissages. En faisait ce voyage, j'ai l'impression que c'est un contrat a vie que je signe avec le monde... je ne desespere pas parce que cette premiere etape a ete bien riche en epreuves, j'ai seulement hate d'etre en mesure d'assimiler toute cette matiere intellectuelle, avec le confort de mon sofa et un bon verre de vin rouge... :P Cette semaine, la maison me manque à un point tout à fait visceral.

Voilà il se trouve qu'après 5 mois d'absence, je relis ton document de formation prédepart... Qui m'a été d'un grand secours. Je lève mon chapeau à cette conscience humanitaire qu'HorizonCosmopolite soulève, même si faire du bénévolat au Vietnam a soulevé bien des points d'interrogations chez moi. Les pages de ce guide de formation me donnent vraiment envie de m'engager au retour... et s'engager demande une certaine connaissance du monde, je viens à peine de tremper le gros orteil dedans. On ne peut pas tout prendre en pleine figure, en quelques mois à peine! Peut-être que si j'ai trouvé ce voyage si difficile, c'est que j'ai été un peu trop dure avec moi-meme, en partie? Qui sait. L'avenir donnera certainement des réponses à quelques-unes de mes grandes questions...

Et je tenais à te remercier pour tout ton support, du début à la fin. Si j'ai vecu certaines déceptions, je ne mets certainement pas le blâme sur toi ou sur HorizonCosmopolite.

Il y a beaucoup de choses, concernant l'organisme au Viêtnam en particulier, desquelles j'aimerais beaucoup discuter avec toi "live" à mon retour, si tu en as le temps. Question de revoir avec toi des points que je n'ai pas été capable d'aborder avec Phuong, et peut-être de faciliter l'insertion de d'autres bénévoles québéçois pour cet organisme dans le futur. Je pense que ça me permettrait de bien clore ce dernier chapitre de 2007...

...et aussi, tout simplement, parce que certains points du document soulevent ma curiosite (concernant le developpement durable, en particulier) et je serais curieuse que tu me donnes plus de pistes... Pour prendre un nouveau souffle à mon retour. Bientôt. Ah! Malheureusement, même si je suis AMOUREUSE de l'Inde, j'ai très hâte de revenir et d'avoir plus de pouvoir sur mon environnement, ma société, et ma vie. Même si voyager ouvre sur le monde, j'ai malheureusement l'impression de perdre parfois le contrôle sur tant de choses à la fois. Je suis peut-etre une control-freak, finalement. Mais au moins, je suis une plus petite boule de stress qu'avant. Et aucun doute, j'ai tellement appris.

D'ailleurs, j'ai fait une liste de toutes les choses que j'ai faites, que j'ai appris ici. Sérieux, j'étais fière d'écrire: VIVRE SANS PAPIER DE TOILETTE, par exemple. La liste a été très longue, et je me suis dit: ouin... plus de bien que de mal.

Ce fut une longue lettre, hein?

Merci Jonathan de l'avoir lue au complet.

Au plaisir de te revoir à mon retour!»

- Genevieve Gravel-Drolet, Viêtnam, 2007

  États d'âme d'une participante qui a travaillé dans un orphelinat au Sénégal

« Je me sens dans un état second!
Vous savez? Quand les couleurs deviennent plus étincelantes! Quand les odeurs vous percutent à des kilomètres! Quand les chuchottements vous semblent si forts qu'ils vous empêchent même de dormir... J'ai les sens éveillés.Prêt à saisir chaque bribes de sensation! C'est peut-être la tourista de ce week-end qui me rend comme ça! Non, c'est pas ça, c'est autre chose! Et je sais ce que c'est!»

- Sophie Lavoie, Sénégal, décembre 2007

  Description d'un stage en santé aux Philippines

« Salut tout le monde

Comme j'ai eu plusieurs questions, je vais tenter de répondre du mieux que je le peux. Premièrement, mon stage est avec un organisme de Montréal, HorizonCosmopolite. Il offre des stages partout dans le monde dans différents domaines. Le stage que je fais présentement est un stage en santé. Je me trouve à travailler avec une médecin dans une clinique rurale à une heure de Tacloban, la principale ville de l'île où je suis, Leyte.

(Les Philippines comptent 7 107 îles). (...) Les gens qui habitent encore plus loin dans des minuscules villages appelés baranguays viennent à cette clinique. Cependant, comme c'est compliqué pour eux de se déplacer parce qu'ils sont loin et peuvent être très malades, il y a beaucoup d'expéditions dans les baranguays. Jeudi, on est allé dans un baranguay à environ une demi-heure d'auto de la clinique. C'était tellement loin, bouetteux et creux dans la jungle qu'on a du laisser le camion et marcher pour se rendre au petit village. On se croyait dans un vrai film d'Indiana Jones!! C'est bizarre comme feeling d'être vraiment creux comme ça!! C'était vraiment la vraie jungle! Bref, on s'est installé sur la galerie de la maison du chef du village, qui se trouve à être une hutte pour nous, et sur les 400 habitants de la baranguay, 200, oui oui 200 sont venus consulter! La médecin ne va là qu'une fois pas année car elle doit s'occuper de 54 baranguays. De plus, c'est la saison des pluies qui se termine, ce qui confine les gens à rester chez eux. C'était vraiment super, on a vu de tout! Il y avait un petit bébé de un mois qui est né avec la bouche et le palais pas collés, c'était vraiment spécial à voir. On a dîné avec tout le monde là-bas. Les Philippins aiment tellement manger!! Je crois profondément que c'est leur sport national après le karaoké!!

Aujourd'hui, on est retourné dans une autre baranguay pour distribuer des médicaments à la population. Comme beaucoup d'entre eux travaillent dans les rizières, ils attrapent beaucoup de bactéries, dont des genres de vers solitaires. Nous avons donc distribué des médicaments préventifs à environ 500 personnes, adultes et enfants!! Je vous dit c'est comme dans les films d'expéditions! C'est dur de croire qu'on fait vraiment ça!! Il devait y avoir une centaine d'enfants autour de nous à un certain moment donné. Ils voulaient tous qu'on prennent des photos avec eux (avec mon appareil bien sûr). Ils m'appelaient « barbie doll » et m'ont demandé un autographe!!! Après cette journée cocasse et combien enrichissante, je peux cependant dire que je ne suis vraiment pas faite pour la célébrité!!! (...)

(…) Pour ce qui est d'où je vis, il y a ma mère, mon père, deux frères et un petit-fils que j'adore! (...) Je vis dans une baranguay typique. Faits cocasses: je vis avec les lézards, les coquerelles, quelques araignées et des souris. Oui oui, je suis sûre que ça touche quelques-unes de vos cordes sensibles!!! Mais ce n'est pas tout!!! Je me lave debout dans ma salle de bain avec un petit pot pour déverser l'eau sur moi, eau prise dans un bac que je rempli chaque soir. Et petit pot avec lequel je flush ma toilette. Désolée pour les coeurs sensibles! Mais sachez que ça ne me dérange pas du tout! Tant que les coquerelles ne me touchent pas, je me sens très bien. (…)

Donc voici le dernier épisode de mon soap philippin, je vous réécris mes prochaines aventures sous peu!

Bisous
Audrey xx

P.S. Il y a eu un accouchement ce matin, mais la pression artérielle de la mère était trop haute alors elle a du aller à l'hôpital... ce sera pour le prochain, de toute façon, presque toutes les femmes sont enceintes ici!! Non mais sans blague, ils sont catholiques, donc pas de pilules contraceptives ni avortement!»

- Audrey McMahon, janvier 2008

  Témoignage de Josie Pilon qui a fait un stage au Burkina Faso dans un orphelinat

« Bonjour à tous,
Mon compte à rebourds est débuté et je ne peux y croire. Je serai au Québec dans une semaine jour pour jour.

J'ai quitté Boura, ma précieuse et paisible campagne, jeudi dernier pour terminer mon voyage en tourisme un peu. Je m'ennuie déjà. J'avais établi une précieuse routine de me lever tôt, de réaliser une séance de yoga dans le calme, de déjeuner, de marcher et respirer l'air pur de la campagne, le travail avec mes bébés, le souper, les discussions phylosophiques, la pause sous le manguier, bref apprécier le moment présent, prendre le temps de respirer, prendre le temps pour soi en réalisant que le bonheur est grand à travers de petites choses.

(…)

Je me demande encore pourquoi j'ai seulement deux yeux et un cerveau pour tout emmagasiner. Les images défilent à tout allure. Les brèves rencontres, les regards, les enfants qui t'observent, les gens qui veulent te serrer la main, la différence si grande qu'on ne veut rien oublier, tout vous présenter et j'en serai incapable.

Il y a un paradoxe encore irrésolu. On dirait que je vous ai vus il y a longtemps et j'ai hâte de vous voir, mais je me questionne comment ce fait-il que je sois si proche de mon retour?

J'ai quitté mes bébés, quelques petites victoires en poche. Une courte formation offerte aux nourisses sur l'hygiène et le développement moteur, des remerciements trop grands, l'espoir de pouvoir apporter une petite graine à semer pour faire avancer les choses.

Je continue de dire que j'ai beaucoup plus reçu que donner ici. Une belle croissance personnelle à côtoyer une culture différente. Le bonheur est grand avec de minimes choses quand les acquis sont limités, mais on le croirait plus accessible parfois... Paradoxale non?

À très bientôt et merci encore pour vos courriels.»

- Josie Pilon, Burkina Faso 2008

  Le quotidien de Karine Brunet qui a enseigné le français au Brésil

« Mon travail est toujours aussi intéressant, stimulant et gratifiant. Les élèves (alunos) sont séparés en quatre blocs. Lise continue d'enseigner aux élèves du bloc 1 (débutants) et moi j'ai pris en charge les trois autres niveaux. Au bloc 2, le français des élèves est très laborieux, mais ils arrivent tout de même à faire quelques petites phrases simples. Au bloc 3, ils commencent à pouvoir émettre certaines idées en français et à pouvoir les défendre. Et finalement, au bloc 4, ils se débrouillent très confortablement. Avec les groupes de ces niveaux, nous écoutons beaucoup de musique et d'émissions de télévision afin de favoriser leur compréhension. J'ai commencé à bâtir des questionnaires sur la télé-série Pure laine. De cette façon, ils aprennent plusieurs expressions québécoises.

Au niveau du travail, nous vivons présentement une période stressante. En effet, une vingtaine de nos élèves (nous sommes trois professeurs de français) passent ces jours-ci leur entrevue de sélection du Québec. Ils s'envolent donc vers Recife pour rencontrer un agent d'immigration qu'ils tenteront de convaincre de leur accorder le CSQ (certificat de sélection du Québec). Leurs dossiers sont élaborés avec soin depuis souvent plus de deux ans (offres d'emploi, projet de vie, attestation d'étude et de travail, certificat de français, logement, budget, etc.) et sont souvent très imposants. À la fin de la journée, ils sauront s'ils sont retenus ou non. Une fois acceptés par le Québec, ils doivent attendre la réponse d'Ottawa qui prend en moyenne de 6 à 8 mois. Tout ça pour dire que nous sommes tous très fébriles en ce moment.

Les entrevues se déroulent entre le 21 novembre et le 15 décembre. Au moment d'écrire ces lignes, trois couples (sur trois) ont été acceptés!

La fin de semaine du 14 au 16 novembre, je suis allée à la campagne dans la famille de Nilton. Le 15 novembre étant une journée fériée (fête de l'indépendance de la monarchie), l'école était fermée. J'ai pu admirer les plantations du père à Nilton qui a 84 ans s'occupe toujours de son immense terrain et de ses animaux. J'ai vu une bonne vingtaine d'espèces d'arbres fruitiers différents. J'ai bu de l'eau de coco à même le fruit et j'ai mangé de la canne à sucre, ce que c'est fibreux! Vous pourrez admirer, très bientôt, sur mon blogue une photo de moi avec plein de fibres entre les dents ainsi que des magnifiques paysages de la fin de semaine. Oui, oui, vous verrez également des photos de mon chez-moi et de la fête d'Halloween à l'école. Sinon, quelle ne fut pas ma surprise le samedi matin de voir un homme à la porte de la maison où nous logions qui voulait que j'ausculte ses yeux. Ce dernier s'attendait qu'en tant qu'étrangère, je sois médecin. Lise et Nilton ont du lui expliquer que je ne pourrais malheureusement pas l'aider avec ses problèmes de vues.

Mon portugais (português) est assez rudimentaire, mais tous les jours todos dias), j'apprends de nouveaux mots. Considérant ma très grande facilité dans l'apprentissage de nouvelles langues, je devrais pouvoir me débrouiller d'ici quelques années (anos)! Je me suis inscrite à un cours afin d'accélérer le processus. Donc, deux fois par semaine (duas vezes por semana) pendant une heure et demie (uma e meia), je me creuse les méninges et me défonce la mâchoire! Il est plutôt difficile d'apprendre une nouvelle langue quand on passe la majorité de ses journées à enseigner en français (francês) et à parler du Québec! Je peux, par contre, pratiquer mes quelques mots de portugais avec la famille chez qui je demeure. Mercredi (quarta-feira), j'ai passé une partie de la journée avec Edna et sa fille Suelem, nous avons beaucoup communiqué par signes! Lorsque je prends l'autobus (ônibus), je descends parfois un arrêt trop loin, car le chauffeur (motorista) n'a pas compris que je voulais descendre! Au Brésil pour que l'autobus s'arrête pour nous prendre, il faut faire un signe de la main (mão) au chauffeur (comme en Angleterre!).

Par rapport à la sécurité (à les écouter, je vivrais enfermer 24h sur 24):
Sinon, je commence à m'habituer à la chaleur toujours plus intense et à la densité de population. Il est très surprenant de constater à quel point les rues sont bondées le jour au point où il est parfois difficile de circuler sur les trotoirs et à quel point vers 23 heures celles-ci se vident. Les rues sont tellement incertaines la nuit qu'à partir de 23h, il n'est plus nécessaire de respecter les feux de circulation en voiture afin d'éviter d'être immobilisé trop longtemps au même endroit. Dans le même ordre d'idée, le coût des taxis double la nuit. Malgré toutes ces façons de faire, j'ai rencontré que des Brésiliens avenants et sympatiques.»

- Karine Brunet, Enseignement du français au Brésil 2008


  Notes didactiques d'un stagiaire au Bénin

Notes didactiques 1

Note Panoramique :
Vu des airs, du hublot de l’avion d’Air France, le Sahara est superbe. Il se métamorphose constamment, alternant de lisse à froissé, de ondulé à craquelé, de plissé à crevassé. Le spectacle devient presque tactile. Le Sahara est de marbre, de velours, de glaise, de granit, de soie. Il imite parfois l’océan et ses vagues, parfois l’arbre et son écorce. Et en plus il est éclairé par la lumière rougeâtre et inclinée du soleil couchant, texturant ainsi le désert d’un flamboyant jeu d’ombre et de lumière.

Note Esthétique :
Une des idées préconçues que l’on a de l’Afrique, c’est que tous les Africains ont les cheveux noirs crépus. C’est vrai.
Et comme vous le savez sûrement, tous les hommes sont coiffés au clipper. Donc quand le barbier m’a vu rentrer dans son cabanon qui fait office de salon de coiffure, avec mes cheveux longs et droits, et que je lui ai demandé une coupe au ciseau… Il m’a assis dans la chaise, m’a mis la grosse bavette autour du cou, a pris sa paire de ciseaux, et là, pendant qu’il a observé, immobile, mon cuir chevelu durant un bon 30 secondes, je pouvais clairement déchiffrer son regard : «Comment est-ce que je fais ça, bâtard ?» Et il a attaqué de façon aléatoire, lentement mais sûrement. Un coup à gauche, deux coups à droite. Un peu de recul… un autre coup à droite, pourquoi pas le toupet un peu. Ce fut long, mais il a réussi à trouver un équilibre. Et depuis ce jour, je suis devenu le porte-parole officiel de la coupe poussin.

Note de Lexique :
- Poulet : Coclo
- Bar, taverne : Buvette
- Grand, gros, impressionnant : Baobesque
- Blanc / Occidental / Stagiaire canadien : Yovo (comme dans la phrase « Yovo Yovo donne-moi cadeau)
- Gougoune cheap : Tapette
- Merci beaucoup pour le riz avec sauce que tu m’as donné pour déjeuner : E na tché nou wé kaka nou monlikoun kpo nousounou kpo de a na mi on nou nou dou dou zan zan ton.
- Petite imbécile : Imbécilette


Note Météorologique :
Durant le mois de décembre et janvier, il y a l’harmattan, un vent frais venant du nord. Ce qui fait que les journées sont un peu moins chaudes, presque 18°C le matin quand on se lève. Il n’est pas rare, alors, de voir des Béninois avec un manteau d’hiver sur le dos.

Note en Céramique :
Les pierres tombales des personnes les mieux nanties de la communauté sont recouvertes des même tuiles que celles utilisées pour nos planchers de salle de bain.

Note Stylistique :
Les étudiants du collège CGE ont tous un habit beige. Lors de la sortie des classes, alors qu’ils reviennent par dizaines le long des petits sentiers à travers la brousse, je me dis qu’il ne leur manque qu’un chapeau et un fouet pour croire que ce sont les descendants d’Indiana Jones. Les étudiants du collège la Prophétie, eux, ont une chemise rose flash. Lors de la sortie des classes, alors qu’ils reviennent par centaines en file des deux côtés de la grand’ route, je me dis qu’ils ne leurs manquent que des lunettes soleil, des longues oreilles et un gros tambour à mailloches pour croire qu’il s’agisse là d’une méga pub de piles alcalines.

Note Gastronomique :
Une des viandes les plus recherchées lorsque l’on va dans les restaurants est celle de l’agouti. Un espèce de gros rongeur que l’on me compare à un rat de la taille d’un castor. Étonnamment, c’est vraiment délicieux.

Note Filmographique :
Parmi les quelques maisons qui ont des téléviseurs, certaines ont également un lecteur VCD (définition : sorte de DVD cheap presque toujours piraté qui saute immanquablement lors des scènes d’action qui auraient pu être intéressantes). J’ai pu ainsi enrichir ma filmographie personnelle de succès aussi variés tels que Python 2 ou Anaconda 2 et redécouvrir ce classique de Jean-Claude Van Damme (qui est lui même une légende du cinéma dans les pays pauvres) : Street Fighter. Par quel sombre moyen mon esprit avait-il réussit à oublier l’existence de ce film, je l’ignore. Mais le Bénin n’a pas manqué à me le rappeler.

Note Botanique :
Un baobab, c’est vraiment beau. Le fruit d’un baobab, c’est vraiment bizarre. Le jus du fruit d’un baobab, c’est vraiment bon.

Note Hiérarchique :
Un Béninois m’a expliqué qu’aux yeux de plusieurs Africains, il y a Dieu, suivi des Blancs, et puis finalement les Noirs. À cause de la technologie que nous avons amenée, ils nous croient vraiment plus intelligent. Triste constat me dis-je. Quoiqu’il ne faut pas trop s’en surprendre. Avec les équipes de Français qui débarquent en ville pour expliquer aux entrepreneurs locaux comment assurer une meilleure prospérité en projetant avec Power Point des conneries incompréhensibles comme « développement macro-économique endogène et exogène », comment voulez-vous qu’ils ne nous trouvent pas intelligents ?

Note Juste Logique :
Je parlais avec un Béninois et sa nombreuse famille, calmement assis devant sa maison sous un manguier, alors que la nuit commençait. Lui et ses fils les plus vieux me posaient des questions sur le Canada. J’ai tenté de leur expliquer les températures de -30°C (expression de terreur sur leurs visages), le montant d’argent que l’on gagne à chaque jour (yeux et bouches grands ouverts), le fait que les femmes canadiennes n’acceptent pas que leur mari ait plusieurs compagnes (ils rient comme si on était archaïques, et aussi un peu par pitié pour les hommes canadiens). Ils m’ont ensuite demandé pourquoi les gens choisissent de fumer et pourquoi certains se suicident, je n’ai pu leur donner de réponse satisfaisante. On a enchaîné, j’ai parlé de la loterie où les gens perdent tout leur argent, j’ai décrit les plats congelés tout préparés en usine que l’on réchauffe dans un four qui reste froid, appelé micro-onde. Je leur ai expliqué que nous avons rarement des enfants avant la trentaine et qu’on les envoie souvent avant l’âge d’un an dans une maison où des femmes sont payées pour s’en occuper. J’ai essayé de leur faire comprendre que le lait maternel se vend souvent en poudre et que les mères qui décident d’allaiter leurs enfants sortent parfois le lait de leur sein avec une machine et le mettent dans un biberon pour le congeler dans le frigo. Et quand les parents considèrent qu’ils ont eu assez d’enfants, rarement plus que deux, l’homme se fait souvent opérer pour couper des tuyaux dans les testicules, pour être vraiment sûr qu’ils n’en aient plus. Il y a eu un silence, puis le père a regardé par terre et a dit : « Vous les Canadiens, vraiment, vous êtes bizarres… » Et à ce moment, je savais qu’il avait parfaitement raison.

Take care
Phil


- Philippe Marois

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Notes didactiques 2

Note Podologique :
Voici une petite toune,
Pour mes pieds très heureux,
Car le port des gougounes,
Est la norme en ces lieux…
Solo

Note Radiophonique :
4 jours après mon arrivée dans la commune de Glazoué, j’ai eu ma première expérience à la Radio Collines, là où se déroulent mes 5 mois de stage. J’étais alors invité à l’émission « 36-15 : Journal Intime », émission où nous avons reçu la lettre de Frank qui nous parlait de ses problèmes personnels. Durant les 2 heures, mes tâches étaient les suivantes :
- lire les rubriques « Tout azimut » sur les faits insolites du monde, tiré tout droit de la dernière édition du Réveillez-vous.
- ne pas rire lorsque Sulpice lit les demandes de correspondance (« Femme de 22 ans cherche homme dans la vingtaine pour amitié durable et pour jouer à la belote », c’est très vrai)
- à la fin de l’émission, après les appels reçus, faire une Louise Deschatelêts de moi-même et donner mon conseil à Frank par rapport à ses problèmes érectiles.

Note Philosophique :
Dicton africain : Lorsque tu te penches pour regarder le trou de cul de l’autre, il faut savoir que quelqu’un regarde aussi ton trou de cul.

Note Photogénique :
Selon nos standards de beauté, les enfants béninois sont tous incroyablement beaux. Je sais que peut importe le pays, les enfants sont toujours adorables, mais ici, sérieux, ça bat des scores.

Note Cathodique :
Je savais que les télénovelas mexicains (soap opéras cheaps) étaient bien populaire en Amérique Latine. Mais jamais, au grand jamais, je n’aurais pu croire que j’aurais la chance de suivre mes feuilletons préférés de l’autre côté de l’océan, et dans une petite communauté perdue dans la savane africaine de surcroît ! Ah ! le bonheur de retrouver Muñeca Brava et la Chacala. (Pour ceux qui ne connaissent pas l’ironie, fouillez dans le dictionnaire). Ce qui est moins ironique par contre (mais plutôt complètement absurde) c’est qu’il paraît que ces telenovelas mènent parfois à des cas de rupture conjugale. La femme étant complètement absorbée par les péripéties de ces Brett et Ashley espagnols, elle manque alors à ses « devoirs de la femme » tels qu’enseignés dans les classes d’école primaire : élever les enfants, faire la nourriture… Le mari, trouvant alors sa femme irresponsable, la laisse. Et oui, le divorce existe aussi ici. Tout comme la Poule aux Œufs d’Or. Imaginez le choc lorsque j’ai découvert que les Béninois avaient eu la brillante idée d’acheter ce concept. Même décors, même gros coco doré, même sourire plastique de l’animateur lorsque Big Mama en boubou gagne le gros lot.

Note Gastrique :
Pour ceux qui trouvent que je mange beaucoup, dites-vous qu’ici, mes portions sont équivalentes à celles des enfants africains. Il m’est presque physiquement impossible de manger autant qu’un Béninois adulte. Et pour ceux qui trouvent que je mange trop vite, dites-vous qu’ici, je suis toujours le dernier à terminer mon assiette.

Note Athlétique :
Une des expressions utilisée ici pour dire « faire l’amour » est : « jouer au hancheball ». « What the fuck ? » vous dites vous sûrement. Suivez le raisonnement : Si le football est un sport qui se joue avec les pieds. Alors le hancheball est un sport qui se joue avec…

Note Acoustique :
Les Béninois, avant de rentrer chez quelqu’un, ne frappe pas à la porte (souvent inexistante), ils imitent plutôt le bruit que ça ferait : « KÔ KÔ KÔ ».

Note Soporifique :
Les Béninois peuvent dormir dans :
A- toutes les positions
B- tous les endroits
C- toutes les conditions
D- toutes ces réponses
Réponse : D

Que ce soit la nuit ou le jour, sur le dos ou sur le ventre, à l’intérieur ou à l’extérieur, seul ou collé à 3 autres personnes, à 3 ans ou à 70 ans ; que ce soit sur le bord de la route ou dans le fond d’un champ, dans le silence ou le vacarme, sur une natte de paille ou un plancher de ciment, couché sur un sofa bien rembourré ou assis sur une chaise bien droite, la tête dans le vide ou déposée entre trois briques ; que ce soit tassé à côté de 4 personnes sur le siège arrière d’une vieille voiture sans suspension ou accroché au dos en sueur de sa mère, à l’ombre ou au sol… non, jamais au soleil ; que ce soit sur une table de bois ou un muret de béton, sur un cap de char ou sur une tôle de métal ondulé, allongé sur un petit banc d’école ou en position fœtale sur une moto qui tient sur ses deux béquilles (je vous le jure), sous un arbre accoté sur le tronc ou sous un 18 roues accoté sur le muffler ; dans toutes ces conditions, un Béninois normalement constitué peut dormir. Facilement.

Note Euphorique :
Le sport, comme la musique et la religion, est l’un des extraordinaires médiums rassembleurs de notre temps (et de tous les temps tant qu’à y être) De la fin janvier au début février se déroule la CAN (Coupe Afrique des Nations), compétition continentale de soccer. Même si le Bénin ne s’est pas qualifié, la ferveur populaire n’est pas moins omniprésente. Lors d’un match, il ne suffit que de se promener 2 minutes dans Glazoué pour voir des troupes entassées dans le cadre de porte d’une maison ou d’un commerce ayant une antenne, pour saluer des vendeurs qui ont l’oreille collée à leur vieux poste de radio portatif rafistolé ou pour entendre la même chose de maisons en maisons : la voix des commentateurs français qui n’en peuvent plus d’utiliser des qualificatifs exagérés pour décrire l’action. Je me souviens d’une fois en particulier. Un homme a construit à côté de chez lui une grande hutte. Il y a installé, pour les deux semaines que durent l’événement, une télé avec hauts-parleurs. Les cris des gens m’y ont attiré ; une quarantaine d’hommes étaient réunis, silencieux, immobiles, les yeux fixés sur l’écran, près à exploser en cas de but du pays voisin. Je me suis assis avec eux. Et je pouvais voir au loin, bien derrière la télévision diffusant le match professionnel, à côté des maisons voisines, les jeunes enfants qui jouaient au même sport avec un vieux ballon, pieds nus dans le sable et la roche.

Note Philosophique 2 :
Dicton africain : Il faut pas être plus pressé que la diarrhée.

Note Historique :
Lors de la visite des palais royaux de l’ancien royaume de Dahomey, la guide nous parle des Amazones, ces guerrières redoutables qui ont fait la gloire d’un peuple, et nous dit que avant de partir au combat, chaque Amazone devait dire combien de têtes décapitées elle allait rapporter. Et elle se devait de ramener le nombre promis. Parce que si elle promettait 3 têtes et n’en rapportaient que 2, la 3e serait la sienne… Commentaire du guide : « Ça les motivait. » La même journée, nous nous étions rendu à un autre vestige de palais encore plus vieux (environ 400 ans) ou les murs sont fait d’un mélange de terre avec du sang humain et de bétail. Dans une des enceintes du palais, il y a un baobab absolument immense (diamètre de plus de 7 mètres). Son écorce est identique à la peau d’un éléphant et ses branches ressemblent à des bras de grand-mère à la peau flasque et pendante. Historiquement, lorsque le royaume s’est installé en ces terres, ils ont pris le jeune arbre ailleurs et l’ont replanté sur leur site à l’envers. Et avec des incantations, les racines maintenant pointées vers le ciel ont fait pousser des feuilles et les branches, maintenant enterrées, sont devenues les racines, ce qui explique la forme si particulière de cet arbre. Lorsqu’on rentre dans l’enceinte, il faut enlever ses souliers et les femmes ne peuvent y accéder si elles ont leurs menstruations ou si elles ont fait l’amour la veille. Sinon, elles se font chasser par les abeilles habitant le baobab. On pourrait longtemps argumenter que les Africains sont naïfs. Peut-être même trop selon nos critères. Peu importe, ils ont de foutues belles histoires.

A Plus
Take Care
Phil / Pelo

------------------------- Notes didactiques 3

Note Juridique :
Bien paranoïaque est le yovo qui a peur de se faire attaquer au Bénin. Sauf dans la métropole, Cotonou, il n’y a pas vraiment de danger. Et ce parce que la population est en général bien plus rapide que les policiers pour attraper un voleur. Si quelqu’un se fait attaquer, il n’a qu’à crier à l’aide pour que tout le monde autour parte aux trousses du bandit. Et s’il se fait attraper, c’est la vindicte populaire… Ils l’attachent. Ils lui passent un pneu autour du corps pour l’immobiliser. Ils l’aspergent d’essence. Ils craquent une allumette. On m’a dit que s’il est bien arrosé, il ne hurle et gémit que durant 15 minutes. Sinon, ça peut aller jusqu’à une demie-heure. J’ai répondu que si jamais je vois ça, fuck le respect de la culture, moi je viens en aide au gars.
- Oui mais les gens vont te croire son complice et vont t’arroser aussi.
- Euhhhh…
Je crois que je vais prier pour lui, ou lui lancer des pierres pour qu’il crève plus rapidement. Mais ce traitement, me dit-on, était plus fréquent avant. Il y a moins de voleurs aujourd’hui. Preuve que ça fonctionne. Dissuasion ou extermination ?

Note Dermatologique :
Les Béninois de ma région ont souvent des marques symétriques au visage. Des cicatrices fines qui atteignent parfois quelques centimètres de longueur. Elles ont été faites dans leur enfance par leurs parents avec un couteau ou une lame de rasoir, soit pour des raisons traditionnelles ou tout simplement pour les identifier. C’est souvent très beau .

Note Eucharistique :
Je suis allé à l’Église Assemblée de Dieu un bon dimanche matin pour voir de quoi ont l’air les messes africaines. C’est probablement le plus beau party en ville. Tous sont habillés de leur pagne le plus coloré, les femmes ont tous un tissu autour de la tête. Et ils chantent et dansent et sourient au son des tam-tams et de la chorale qui interprète des thèmes religieux recyclant les airs de « Let it Be » et « Sur la route de Berthier ». Ça ressemble vachement au Gospel américain. Ensuite, un preacher vient en avant et raconte toutes sortes de conneries sur l’argent et la religion. Il s’arrête après chaque phrases, un traducteur le traduit en anglais, puis un autre en Idasha (langue locale). Dans l’assistance, ils y a d’autres personnes debout qui traduisent le discours en d’autres langues ancestrales pour les différents groupes ethniques regroupés entre eux… Puis, vers la fin, les célébrations reprennent, et tout le monde chantent et dansent et sourient et crient : « Pawafoul, Pawafoul, PAWAAAAAFOUUUUUL » (comme dans la phrase « Jesus is Pawafoul »).

Note Anti-sidatique :
La marque de préservatifs la plus populaire ici s’appelle Prudence. Et le logo est un lion. Grrrrrrrrr.

Note Politique :
Nous sommes présentement en campagne électorale pour les présidentielles du Bénin, et quand je demande à mes amis pour qui ils comptent voter, on me répond souvent : « Pour celui dont le représentant viendra me donner un petit quelque chose pour pouvoir manger. »

Note Cinématographique :
À cause d’un phénomène atmosphérique que je n’ai pas encore pu expliquer (poussière ? humidité ?), il y a, dans l’air béninois, une très subtile brume constante créant un léger voile gris m’empêchant, du haut des 3 étages de la radio, de voir à des kilomètres à la ronde. Et lors des deux dernières heures d’ensoleillement de la journée, ce doux filtre naturel créé une superbe lumière ambiante quelque peu orangée. Les images qui se présentent alors à mes yeux se retrouvent ainsi rehaussées d’une qualité esthétique encore plus grande qu’à la normale, ce qui était déjà dur à battre.

Note Généalogique :
Une dame que je ne connaissais pas est décédée la semaine dernière. Elle habitait pas trop loin de chez moi. Sa notice de décès mentionne qu’elle avait 125 ans. Intrigué, je me suis renseigné et il semblerait que, même si c’est assez exceptionnel, certains dépassent le cap des 130 ans. Ces gens, on les retrouvent dans les petits villages, et chaque localité a au moins un centenaire. Ils ont une vie saine, me dit-on.

Note Entomologique :
Est-ce que quelqu’un peut m’expliquer par quelle contorsion les petites fourmis rouges peuvent-elles passer outre la barrière, que je croyais sécuritaire, du bouchon de mon tube de pâte à dent afin venir se délecter de ma Colgate Fraîcheur Confiance®

Note Diabétique :
Je pourrais longtemps vous écrire sur les différents plats du Bénin, qui, à défaut d’être très variés, sont vraiment délicieux (formidable igname pilé avec sauce arachide) Mais bâtard, c’est quoi cette fascination-là sur le Eagle Brand ? On me sert souvent du café le matin (eux-mêmes n’ont pas l’habitude d’en prendre, mais puisque nous les Canadiens on aime ça…). C’est de l’instantané, on met du sucre, et le lait, ben c’est le Eagle Brand. Café + Sucre + Eagle Brand = Bien réveillé.

Note Zoologique :
Ceci est très vrai. Cela m’a été confirmé par plusieurs personnes dont un journaliste professionnel crédible et des maîtres d’écoles. Il y a des écureuils au Bénin. En fait, ce ne sont pas vraiment des écureuils, ce sont plutôt des rongeurs très semblables aux écureuils. Mais on les appellent des écureuils quand même. Se tenant surtout dans les forêt et loin de toute présence humaine, je n’en ai jamais vu. Dieu merci. Car il semblerait que lorsqu’ils voient un être humain, leur réaction n’est pas de déguerpir mais au contraire d’attaquer. Et il semblerait que leur agressivité est telle que je peux en perdre des doigts. Il y aurait aussi une autre espèce similaire qui a une morsure venimeuse, mortelle en moins de quelques heures. Je répète pour l’impact et pour les distraits : un écureuil qui a une morsure venimeuse et mortelle en moins de quelques heures. Vite, vite, quelqu’un, appelez Charles Tisseyre.

Note Mécanique :
Critères pour qu’un char soit considéré neuf au Bénin…
1- Les cadrans du tableau de bord fonctionnent
2- Il y a moins de 5 grandes craques dans le pare-brise
3- Les rétroviseurs n’ont pas qu’une fonction décorative

Note Homophobique :
L’homosexualité est ici un concept incompréhensible, donc inacceptable, donc inexistant. Le phénomène et ses signes étant quasi-inconnus, il n’est pas rare de voir les hommes adopter des comportements qui, chez nous, éveilleraient tout soupçons : se tenir par la main en marchant dans la rue, se coucher collé, porter une chemise bien rose, parler avec une voix douce et s’exprimer avec des petits mouvements frivoles du poignet. Il devient clair qu’il y a là quelque chose de naturellement humain qui, chez nous, est malheureusement réprimé par certains tabous sociaux.

Note Antiseptique :
Je parlais de tout et de rien avec un Béninois lorsqu’il m’a dit que ça le fait rire que nous, occidentaux, mettons une plaque de plastique sur la bouche des jeunes enfants pour les protéger.
- « Pardon ? »
- « Ouais, tu sais un rond de plastique qui tient devant la bouche des bébés yovos. »
J’avais oublié que les suces étaient inexistantes ici. J’ai bien rit. Quoiqu’il ne faut pas trop s’étonner de son interprétation de l’objet, ça aurait vraiment été notre genre de protéger nos poupons de cette façon.

Note Anti-Rectitude Politique :
Quand je sors de chez moi et que je vois ces tas de bois mal empilés, ces vieilles granges faites de glaise, bois, foin et tôle à moitié écroulées, ces nombreux sacs de plastique, cannes de conserve et gougounes qui jonchent le sol un peu partout, ces ordures éparpillées à travers les foins à moitié brûlées où se promènent frénétiquement poules, poussins, chèvres et ridicules pintades, ces tas de pneus déchiquetés, ces marmites de métal, mortiers de bois et meules de pierre laissés librement devant les maisons, ces persiennes de bois à moitié arrachées, ces torchons trop usés oubliés sur les cordes à linge, ces maisons délabrées abandonnées, ces carcasses de vieux tacots rouillés dépouillées de toutes pièces récupérables reposant à côté d’un vieil arbre, quand je vois toutes ces images qui ferait pourtant hurler n’importe quel militant écologiste, je ne peux m’empêcher de trouver cela profondément esthétique.

Note de Musique :
Vu au merveilleux marché Dantokpa de Cotonou… Un kiosque de rallonges de cheveux. Il y a une panoplie de styles (frisé, droit, noir, cuivré…). Un mot attire mon regard ; il y a un paquet dont les rallonges sont foncées, longues et ondulées. Le nom de modèle, marqué sur le paquet, est « Céline Dion ». En Afrique, j’ai la chance de découvrir des artistes internationaux que je n’avais pas eu la chance de vraiment connaître au Québec : Céline, Garou, Natasha St-Pier…

Note Sadique :
On m’a invité à aller chasser l’autre jour.
Le gibier : la souris
L’arme : la branche de bois
Grosso modo, on va dans les champs et on cherche des trous dans la terre entre les branches de foin.
Ils ont l’instinct ces Africains.

Lorsque mon prof de chasse trouve un trou (toujours lui, jamais moi), il se met à creuser le long des tunnels souterrains jusqu’à ce que les souris qui se sentent piégées décident de sortir. Et là, l’action commence. Il tente tout d’abord de bloquer le trou avec la machette et les laisse lentement sortir une par une, entre la lame et la terre. Ainsi coincées, il les prend et les assomme d’un mouvement brusque sur le bâton. Mais la technique n’étant pas infaillible, il y en a toujours une qui réussit à nous déjouer et qui sort sans être piégée en bondissant étonnamment rapidement à travers les champs. Et c’est là que je deviens utile car je dois maintenant faire un homme de moi en courant après le rongeur fugueur au travers des herbages pour tenter de le massacrer d’un bon coup de bâton. C’est comme une version cardio du jeux des marmottes à la Ronde. On en a tué 11. Mais là, vous êtes en droit de vous demander : « Pourquoi diable se donner la peine de chasser les souris dans les champs ? » Vous connaissez déjà la réponse, vous n’avez juste pas le cœur de l’accepter.
Note pour les Boulimiques : Ils m’ont servi la souris grillée et dépoilue dans mon assiette en accompagnement au repas. Calvinsse, moi qui déteste gruger. J’entame donc le travail du bout des dents tout en me demandant en quoi est-ce que c’est nourrissant. Mon petit frère Oscar, 9 ans, réponds à mon interrogation ; il croque à grandes bouchées dans le corps du rongeur rôti, ne faisant guère la différence entre la peau, les muscles, les viscères ou la colonne. Je le mets au défi : « Mange la tête voir… »
Et là, me regardant froidement dans les yeux tel un bourreau psychologique sadique, il exécuta sans hésiter ma demande dans un craquement d’os qui me donne encore froid dans le dos.

Note Rhétorique :
Bien souvent, ici, si l’on veut avoir raison, l’important n’est pas que ce que l’on dise soit logique mais plutôt qu’on le dise avec insistance et conviction. C’est très courant chez nous, je l’avoue, mais je m’y retrouve beaucoup plus confronté en Afrique, tout comme le manque de relativisme et de nuances dans les opinions. Dieu que ça me fait chier. C’est sûrement la différence culturelle qui m’est la plus difficile à accepter. Mais bon, c’est ma faiblesse…

Note Philanthropique :
« Vivre dans le moment présent, ne pas penser à l’avenir… »
Chez nous, c’est un objectif, un idéal, une sagesse.
Ici, c’est une nécessité, une obligation, une contrainte.
Le porte-feuille, pour la plupart des gens, ne permet pas de voir plus loin.

Parce que lorsque tu t’appelles Noël, que tu es technicien professionnel à la radio, que ton salaire mensuel de 60$ te suffit tout juste pour payer le nécessaire pour ta femme et ton fils qui n’a même pas un an et que cela fait maintenant 3 mois que ton employeur ne t’a pas payé mais que tu continues à travailler quand même en espérant que ce mois-ci sera le bon, croyez-moi que chaque jour est un petit combat dans une forêt de soucis pour essayer de trouver de quoi manger aujourd’hui pour la petite famille. Mais ça n’empêche pas de sourire… Tu ne vis pas pour préparer ton futur, tu te débrouilles pour survivre le présent. Et pour se débrouiller, ils se débrouillent.

Car lorsque tu t’appelles Oscar, que tu n’as que 18 ans et que tu as grandi en Côte D’ivoire, que ton père t’a envoyé au Bénin pour être apprenti-mécanicien et que tu apprends sur le tas, quand il y a des chars qui viennent une fois ou deux par semaine, que tu dors sur une petite banquette d’automobile déposée sur le bord de la voie sous un toit de tôle, que tu te laves avec un seau d’eau caché derrière une carrosserie rouillée, que le seul argent que tu fais c’est lorsque ton patron n’est pas là pour encaisser tout le fric quand tu répares une bagnole et que ces quelques sous te permettent de te nourrir toi-même la plupart des jours au lieu d’aller toujours manger chez ton cousin, mais te permettent aussi de payer un jus à ton ami canadien malgré toutes ses protestations, croyez-moi que là tu apprends à te débrouiller. Et évidemment, ce n’est pas là un argument pour ne pas sourire… Ici, les préoccupations peuvent se lire parfois dans les yeux, mais la philosophie de vie s’affiche en tout temps dans le sourire. Mais le jour où l’un d’entre eux a vraiment bien vendu et que cela règle ses soucis pour (disons) 2 semaines, je vous jure qu’il y a une subtile touche de sérénité et de soulagement dans son regard qui est trop belle à voir.

Et lorsque tu t’appelles Casmir, que tu es un Nigérian de 24 ans qui habite au Bénin depuis 7 ans et que tu tiens un petit kiosque de pièces de moto sur le bord de la route, que tu dois aller chercher ta marchandise au Nigéria et la ramener illégalement par la brousse sans payer les douanes pour pouvoir avoir un prix concurrentiel, que tu n’as pas de maison et que tu dors dans ton commerce, mais que tu réussis bien à survivre avec ta business et que pour toi, te nourrir n’est plus un problème, croyez-moi que lorsqu’un ami, un parent ou un simple client vient de te voir pour te demander un petit quelque chose à manger, tu lui remettras sans hésiter quelques-uns des sous qu’il te reste dans ta poche pour pouvoir l’aider. Et bien sûr, puisque ça te fait plaisir, tu souris…

Je vous jure que dans toute ma vie, la générosité, la vraie, celle de la solidarité profonde entre les hommes, je ne l’ai vu que parmi les gens que l’on surnomme « pauvres ».

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  Témoignage d’une stagiaire en physiothérapie au Pérou

Bonjour tout le monde!
J'espère que vous allez bien. J'ai l'impression que ça fait un petit bout que je ne vous ai pas donné de mes nouvelles. Alors, voici!
J'ai été plutôt occupée dans les dernières semaines à préparer une présentation pour un congrès international d'écucation inclusive pour les enfants ayant un handicap. J'ai fait une présentation (en espagnol sans interprète!! qui aurait cru ça il y a 2 mois quand je lisais mon petit guide d'espagnol pour voyager dans l'avion en me disant que j'aurais donc dû prendre des cours avant de partir...) sur la place de la famille dans la réadaptation chez ces enfants et un atelier sur des exercices concrets à appliquer avec ces enfants. Ça a été une belle expérience. Bien que le congrès semblait aller un peu de travers avec une organisation de dernière seconde ( je n'exagère même pas) ça s'est bien déroulé et c'était même impressionnant de voir le niveau de qualité et d'engagement des gens. Il y avait des gens de Cuba, du Chili, des USA, du Canada(moi) et du Pérou.
 
Demain c'est l'Halloween et on va faire une fête. Lundi c'est congé pour tous et il y a une fête au cimetière pour célébrer les morts avec de la bouffe et de la musique j'ai hâte de voir ça! Je vais me déguiser pour notre party en Bajaman. Explication: dans les autobus ici il y a un chauffeur mais aussi une autre personne qui crie par la porte où le bus s'en va, qui ramasse l'argent et qui crie BAJA qui veut dire descend en espagnol et SUBE qui veut dire Monte pour que les gens se dépêchent. Ils doivent aussi courir du bus à plusieurs points de contrôle pour puncher une carte qui sert de contrôle. Donc ce sera mon déguisement pour demain. Je vous montrerai des photos au retour.
 
Je termine maintenant avec quelques faits divers et je vous envoie plein de pensées positives:
-Objectif premier de la thérapie de un des enfants de l'école: pouvoir avaler un ostie et il pratique à la maison avec des retailles pour pouvoir participer à la  cérémonie de première communion dans 2 semaines. Comme quoi la religion est très importante ici.
- Après 2 mois ici, je me rends au super marché et le caissier tout heureux de me dire WELCOME TO PERU!!! Je ne sais pas trop si les étrangers  qui aménagent ici pour plusieurs années se font dire ça aussi mais c'est drôle.
- Les gens sur la rue nous demande parfois de prendre des photos avec eux pour avoir une photo d'un étranger.
- Les téléromans sont atrocement quétaines. Moi qui pensait que Virginie poussait sa chance... et ceux qui se demandaient d'où venait l'idée des créateurs  de Ramdam de parler à la caméra, et bien ça se peut fort bien que ca vienne d'ici.
- Je faisais une sieste sur la plage l'autre jour et pendant que je dormais il y a eu une géante vague et moi, mon sac et mon dictionnaire ont été trempés!!!  Mon retour à la maison pour me changer a été plutot remarqué!!
- Et plusieurs autres qui me reviendront quand on aura la chance de jaser à mon retour ( 1 mois top chrono!! ça passe si vite)
 
Julie xxxxx
Pérou 2010

  Témoignage d'Audrey Têtu Bernier en mission au Viêtnam.

Bonjour à tous! Des nouvelles de la semaine que je viens de passer au Viêtnam.

Hanoi en mouvement
Je suis certaine qu'il est possible de traverser la ville entière à pied sans jamais s'arrêter. Il s'agit seulement de ralentir et d'accélérer au bon moment et de balancer les hanches à gauche ou à droite pour suivre le mouvement. Il faut regarder rapidement devant, derrière, de côté et en diagonale puis de recommencer encore et encore en contournant et en se laissant contourner par les voitures, les motos, les vélos, les cyclos, les autobus, et les autres piétons qui arrivent de partout, y compris du trottoir et dans n'importe quel sens.

En tant qu'étrangers non habitués, on traverse les rues de Hanoi comme on traverserait une rivière glacée. Après avoir hésité longtemps, on s'aventure lentement en retenant notre souffle...

Fonction publique vietnamienne
En allant visiter une communauté rurale qui recevra nos groupes scolaires, j'ai eu droit au traitement diplomatique de la part des représentants gouvernementaux de la province de Phu Tho.

Après plusieurs heures de route cahoteuses à travers les champs de riz et de maïs où les paysans travaillent le sol à la main sous leur chapeaux traditionnels, Cuong, notre partenaire, m'avertit que ce sera une rencontre très protocolaire, il s'excuse que la conversation se fera en vietnamien et me promet qu'il me traduira les points me concernant. Au moment d'aller dîner, "Can you drink vodka?" fut le premier point, voir le seul, me concernant...

Les fonctionnaires de la République socialiste du Viêtnam ont 3 heures de pause à l'heure du lunch. Ce midi là, ils étaient une trentaine, hommes et femmes, attablés sous un abri de paille et de bambou. Au loin, des femmes grillaient de la viande et faisaient de la vaisselle assises sur de minuscules tabourets à 10 cm du sol pendant que les clients remplissaient de petits verres avec les bouteilles de vodka déjà sur les tables. On fait un ''chin'' en se regardant, on boit puis on sert tous la main de la personne qui a servit les verres. Monsieur le préfet, gouverneur, je n'ai aucune idée du titre, Cuong me l'a présenté en me glissant à l'oreille qu'il était "The powerfull man of the province", désire m'offrir un "chin bilatéral", ce qui m'oblige à finir mon verre, ce que je ne faisais plus depuis quelques tournées déjà... Je bois, on se sert la main, il rit, il est content. Tout le monde rit, tout le monde est content!

La nourriture est délicieuse, plusieurs plats sont servis et certains se mangent avec les mains. Je me sens franchement malhabile au moment ou j'échappe mes baguettes par terre pendant que "the powerful man" s'empare de ma cuisse de grenouille? Pigeon? Lapin? Pour me la déchiqueter avec ses gros doigts qui ont serré plein de mains...

J'observe et j'essaie d'imiter, mais chacun désire un "chin bilatéral" ave la Canadienne. Après plusieurs verres, il est acceptable de ne boire qu'une gorgée et de verser ce qui reste à celui qui nous a invités, ce que je fais lorsque je n'ai pas balancé un oignon, un morceau de viande ou de sauce dans mon verre, ce qui arrive de plus en plus souvent...

Je ne comprends rien mais tout le monde me sourit! Je quitte la table un peu chambranlante mais heureuse de ce repas bien arrosé qui, sans que personne ne le sache, a été mon dîner d'anniversaire!

Hanoi touristique
À part le Thu Lee Park and Zoo où on peut embarquer dans un pédalo en forme de cygne, voir des singes mâcher des sacs de plastic, des enfants faire pipi dans leurs pantalons et deux éléphants enchainés au milieu de la place se balancer la tête de gauche à droite avec de grands mouvements l'air de dire "Je veux m'en aller, je veux m'en aller, je veux m'en aller", j'ai adoré Hanoi!

On peut manger de la vraie soupe tonkinoise ou boire de la bière artisanale, installés sur un mobilier de plastique (qui semble destiné aux enfants de 2 à 5 ans) au beau milieu de l'agitation rurale. On peut y visiter des pagodes à l'architecture impressionnante, le temple de la littérature, première université du Vietnam inaugurée en l'an 1000 et fréquentée par Confucius! On peut voir des gens transporter sur leurs motos une moitié de cochon tranché sur la longueur qui pendouille de chaque côté en touchant presque par terre ou encore 4 énormes vases de porcelaines hauts et larges comme moi, attachés de chaque côté!

Audrey xx
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